Le bâtiment de l’école d’infirmiers fermé : quel impact sur les soins pour les Vendéens ?
Le bâtiment de l’Institut de formation des professionnels de santé de la Vendée (IFPS) a fermé pour des problèmes techniques. Les étudiants sont dispatchés sur plusieurs sites.

Depuis novembre 2023, c’est l’Arlésienne.
L’Institut de formation des professionnels de santé (IFPS) a fermé puis rouvert deux fois ses portes, avant d’interdire jusqu’à nouvel ordre l’accès de son bâtiment aux étudiants et aux enseignants le 6 mai dernier.
Dans ces locaux construits en 2005, des formations d’infirmiers (en trois ans), d’aides-soignants (en onze mois) et d’ambulanciers (en six mois) sont dispensées toute l’année à des étudiants de tout âge, depuis une vingtaine d’années.
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Des malfaçons ?
Seulement voilà, la tempête de l’automne dernier a révélé au grand jour ce qui, entre les murs, se murmurait depuis longtemps déjà : la fragilité du bâtiment.
Selon plusieurs témoins, « il pleuvait dans les locaux depuis l’ouverture » et des « sceaux étaient apposés à l’intérieur du site ».
« Il est clair qu’il y a eu des malfaçons », avance Didier Cartron, représentant CGT au Centre hospitalier départemental de la Vendée (CHD).
Le dernier rapport d’expertise aurait même dévoilé un risque d’effondrement, avec onze piliers fragilisés parmi ceux qui soutiennent la structure.
D’où la décision de la direction de l’hôpital, qui pilote l’IFPS, de fermer l’accès au bâtiment par précaution.

Des expertises en cours
Déserté, le site devrait subir d’importants travaux de réhabilitation après à peine vingt ans d’existence.
Un gâchis phénoménal difficilement compréhensible.
Mais pour le moment, la direction de l’hôpital se refuse à communiquer sur les aspects techniques.
« Des expertises sont en cours », se limite-t-on à déclarer au Centre hospitalier départemental.
Sept sites au lieu d’un
Alors pour le directeur de l’Institut de formation, il a fallu revoir de fond au comble et du jour au lendemain, l’organisation pédagogique.
« On a redispatché nos élèves sur différents sites grâce à des partenariats », explique Eric Bodin. Concrètement, l’administration de l’IFPS s’est repliée dans le bâtiment de la direction générale au CHD.
Les élèves, eux, ont été accueillis sur le campus de Nantes université, au lycée Pierre Mendès-France, au lycée de Lattre de Tassigny, à l’Établissement public de santé mentale (EPSM) de Mazurelle, à l’Institut de formation santé de l’Ouest (l’Ifso), dans les nouveaux locaux du Cnam et au lycée d’Aizenay.
Sept sites au lieu d’un seul.
Un vrai défi pour maintenir la cohésion pédagogique.
Je tire mon chapeau à tout le personnel de l’IFPS et aux enseignants qui se sont tous mobilisés pour assurer la continuité pédagogique de nos formations, qui est notre priorité.

Des cours dans l’ex-cinéma Le Concorde
La direction a dû anticiper la rentrée 2024 et changer son fusil d’épaule.
Il n’y aura pas deux rentrées pour les infirmiers, comme initialement envisagées, mais une seule grande promotion en septembre prochain, de 190 étudiants (au lieu de deux fois 140 élèves).
« 190, c’est la capacité de la grande salle de l’ancien cinéma Le Concorde, rue Gouvion, qui nous est mise à disposition par la Ville de La Roche-sur-Yon à compter du 10 juin », explique Eric Bodin.
La grande salle de cinéma de l’ex-Concorde fera office d’amphithéâtre !
Les premiers enseignements y seront tenus dès le 17 juin prochain.
36 salles en modulaires sur le parking
D’ici septembre, la direction espère installer des modulaires sur le parking actuel de l’IFPS pour « récupérer de la cohésion ».
36 salles de 30 élèves, un CDI, des bureaux administratifs, une salle de restauration devraient être aménagés pour reconstituer l’école, à côté de l’école.
« Les appels d’offres sont en cours », explique-t-on au Centre hospitalier départemental, sans préciser les surcoûts de cette solution d’urgence.
Selon nos informations, 600 000 € sur six mois seraient mis sur la table pour financer des modulaires en location.
Les partenaires concernés seraient autour de la table pour accompagner financièrement l’IFPS dans ces déconvenues : la tutelle de l’ARS et la Région Pays de la Loire. Contactés, aucune des deux administrations n’a répondu à nos sollicitations.
Quelles conséquences sur les futurs soignants ?
Du côté des syndicats, on s’inquiète des répercussions, à moyen terme, de ces déconvenues sur le nombre d’étudiants – et de futurs soignants dans la région.
« L’IFPS fournit des soignants formés non seulement en Vendée, mais dans tous les hôpitaux, cliniques et établissements de santé de la région des Pays de la Loire », s’inquiète un représentant syndical.
Dans un contexte déjà tendu en termes de démographie médicale, cette affaire n’invite pas à la sérénité.
Dès le mois de novembre dernier, la CGT Vendée dénonçait « un fiasco », dans un communiqué de presse et s’interrogeait :
Combien d’étudiants vont quitter la formation, comment pourrons-nous assurer le remplacement des professionnels de santé vendéens dans les années à venir ? Avec de telles conditions d’études, l’attractivité de l’IFPS va sans aucun doute chuter.
Des étudiants mobiles
Aujourd’hui, pour la direction de l’Institut, les effectifs sont maîtrisés :
Les 90 étudiants que nous ne pourrons pas accueillir l’an prochain ont été répartis sur l’ensemble des formations d’infirmiers de la région Pays de la Loire.
Il assure que ces péripéties n’auront pas de conséquences sur le nombre d’étudiants formés.
« Nos étudiants sont très mobiles, ce n’est pas parce qu’ils étudient en Vendée qu’ils restent y travailler et inversement. »
Eric Bodin avance d’autres indicateurs rassurants : plus de 700 visiteurs aux dernières portes ouvertes ; « il n’y a pas eu davantage d’abandons de formation cette année que les précédentes ».
Quant à ParcourSup : « On vient d’avoir les résultats : on a le même nombre de candidats sur l’IFPS de La Roche-sur-Yon que l’an dernier. »
Reste à savoir comment et à quelle échéance le bâtiment de l’IFPS pourra rouvrir aux étudiants et aux formateurs ?
Les travaux pourraient bien être longs et coûteux.